08 mars 2007

Un seul petit X

Dans notre système électoral actuel, on vote plutôt rarement pour le candidat se présentant dans notre comté. En tout cas, pas principalement. Cela n'est pas un mal en soi, mais il reste que l'on est davantage porté à voter pour le parti qu'il représente et son chef.

Par exemple, la candidate péquiste dans Westmount aurait beau présenter la meilleure campagne électorale de l'Histoire de la démocratie et être la descendante directe de Jésus, ses chances de se faire élire sont à peu près nulles.

Ainsi, d'une certaine manière, lorsque l'on se présente dans l'isoloir, on ne vote pas pour un individu, mais pour une équipe, car même si notre député possède un vote comme tous les autres députés de l'Assemblée nationale, il doit se soumettre à une ligne de parti dictée par les autres membres de son parti et aussi par le chef dont ils se sont dotés. C'est ainsi que notre système politique fonctionne, il faut bien s'en accommoder. Aussi, si je veux que tel chef de parti devienne Premier Ministre, je n'ai d'autre choix que de voter pour celui qui le représente dans ma circonscription, même s'il s'agirait d'une plante verte.

C'est pourquoi lorsque l'on apprend les déclarations passées de certains candidats, on ne peut faire autrement que de grincer des dents. Une candidate libérale déclare qu'il n'est pas nécessaire à tous les Québécois d'avoir un médecin de famille; un candidat adéquiste crache des propos clairement misogynes sur une radio internet; un candidat péquiste
prétend que le génocide rwandais ne "s'est pas passé comme ça". S'il s'adonne
qu'un de ces candidats représente dans mon comté le parti pour lequel je veux voter, je fais quoi?

Il y a également ces jours-ci au sein du camp indépendantiste une faction qui milite dans le but de compliquer encore plus les choses, le MES (Mouvement pour une Élection sur la Souveraineté). Leur mission? Éliminer "l'étapisme", en faisant en sorte que les votes pour un parti souverainiste lors d'une élection provinciale soient comptabilisés comme un chèque en blanc permettant au gouvernement élu de poser des "gestes de souveraineté" sans référendum. Le Bloc Pot et le Parti Vert nous proposent aussi en quelque sorte quelque chose de similaire. En votant pour leur parti, on vote d'abord et avant tout pour une cause, pas pour une plateforme politique et encore moins pour un représentant à l'Assemblée.

Je trouve que tout ça met beaucoup de pression sur l'électeur. Dans une telle perspective, un seul petit X sur un bulletin de vote prend une importance disproportionnée. Je dois, en un seul petit X, voter à la fois pour un individu, un parti, un chef d'État et une cause. Où dois-je mettre ma priorité? Que faire si aucune des cases ne réussit à me satisfaire sur tous ces points? Les analystes politiques au lendemain d'une élection doivent s'arracher les cheveux dans un tel contexte.

Beaucoup militent en ce moment en faveur d'une élection proportionnelle, afin que les différents partis soient mieux représentés en chambre, selon la quantité de gens ayant voté pour eux et non seulement par le nombre de députés élus dans les différents comtés. Personnellement, je ne crois pas que ce sont les partis qui ont le plus besoin d'être représentés à l'Assemblée nationale, mais nous, les électeurs.

02 février 2007

Baby You Can Drive My Car




El Laberinto del Fauno

Il n'est secret pour personne qui me connait bien que je suis un grand amateur de contes, tant dans la littérature, que dans le cinéma.

En fait, pour moi, l'ajout du fantastique dans une oeuvre de fiction n'est pas une fin en soi, mais un moyen comme d'autres pour l'auteur de nous transmettre sa vision du monde. Le réalisme d'une prémisse ou de la nature des événements dans une histoire n'a pas réellement d'importance à mes yeux du moment que la trame narrative et les personnages qui l'incarnent se tiennent.

Une de mes séries de contes préférés est le diptyque Alice in Wonderland et Through the Looking Glass de Lewis Carroll. Plusieurs cinéastes se sont risqués à l'adapter jusqu'ici, mais jamais de façon satisfaisante à mon humble avis.

Jusqu'à maintenant, du moins. The Matrix y était presque arrivé, mais la médiocrité des deux dernières parties de la trilogie a vite éteint mon appétit face à cette adaptation très libre du célèbre conte. C'est Guillermo del Toro, un réalisateur mexicain qui est le brillant auteur ayant finalement accompli ce tour de force avec son magnifique El Laberinto del Fauno (Le Labyrinthe de Pan).

Sans se référer directement aux aventures d'Alice au pays des merveilles, on peut quand même en sentir l'inspiration. Le coup de génie de Del Toro ici est d'avoir su ancrer le personnage d'Ofelia (joué avec brio par la jeune Ivana Baquero) dans la réalité. Une réalité dure et impitoyable, rendant l'utilisation de son monde imaginaire encore plus pertinente, allant ainsi encore plus loin que Lewis Carroll ne l'avait fait.

Utilisant de somptueuses images sans jamais tomber dans l'excès, des acteurs de grand talent (Sergi López aurait aisément mérité une nomination aux Oscars pour son interprétation du cruel Capitaine) et surtout l'envoûtante musique de Javier Navarrete, dont le thème principal risque de hanter mes rêves pour longtemps encore, Guillermo a créé une oeuvre cinématographique qui figure déjà (le lendemain de son visionnement) dans mon palmarès personnel de films-culte.

20 janvier 2007

Ma fille à la TV!

Pour sa rétrospective de l'année, l'émission Infoman a invité Marie Eykel à raconter à des enfants le conte du Vilain petit canard, pour expliquer l'ascension surprenante de Stéphane Dion à la tête du Parti Libéral du Canada.

Ma fille a agi comme figurante lors de ce segment de l'émission.

Alors, oui, Passe-Partout a raconté un conte à ma fille!

19 janvier 2007

Kooloo Kooloo


En 1997, lors de ma première année d'université, après m'être fait mis dehors de mon équipe dans mon cours d'initiation à la vidéo pour divergences artistiques, j'ai demandé à mon professeur si je pouvais réaliser un montage avec presque exclusivement du matériel repiqué ailleurs, étant donné que je suis un piètre caméraman.

Ça a donné ceci.

23 novembre 2006

Passe-Partout (suite)

Ce matin dans La Presse, Marc Cassivi écrit une chronique qui va plutôt dans mon sens. Je la reproduis ici :

Passe-Partout : conflit de générations

Je suis entré à la maison lundi, avec un cadeau sous le bras. «Tiens mon chéri, c’est pour toi!» Mon fils de presque 3 ans a examiné le coffret et me l’a remis aussitôt. «C’est pas pour moi!» Quelle lucidité pour son âge, me suis-je dit. En effet, mon chou, ce n’est pas pour toi : c’est pour maman et papa.

Une heure plus tard, le lucide était devenu solidaire. Les yeux scotchés sur la télé, comme ses parents. Obnubilé, comme des milliers de poussinots avant lui, par les petites chicanes de Cannelle et Pruneau, les comptines de Grand-mère et les chansons de Passe-Partout. En voyant Passe-Montagne mimer je ne sais trop quoi à Passe-Carreau, il a eu un grand éclat de rire. Il était beau à voir.

Le lendemain, Dora et Elmo ont pris le bord. Cornemuse itou. On a chanté Brosse, brosse, brosse et Les poissons gigotent en famille. «Encore Cannelle et Bruno!» a réclamé mon poussinot. J’en fus le premier surpris. Trente ans plus tard, le charme de Passe-Partout opère toujours. Pourquoi donc?

Difficile à dire. C’est plutôt bien foutu, bien joué, bien rythmé pour l’époque, et les chansons, répétées inlassablement, sont irrésistibles. On reconnaît ici un air qui a influencé Les Cowboys fringants, là l’intro d’une chanson de Malajube (je vous jure).

Passe-Partout n’est pas seulement une émission jeunesse aux vagues prétentions éducatives, c’est un phénomène de société. Le point de convergence de toute une génération, la mienne, qui a adopté le nom de l’émission, et qui se remémore avec plaisir, des années plus tard, les airs de son enfance. En toute innocence, en toute nostalgie, sans aucune autre prétention.

Mais voilà, les phénomènes de société étant ce qu’ils sont, Passe-Partout a inondé l’espace médiatique ces derniers jours, au grand dam d’une poignée de mononcles et de matantes dépassés par son impact. Depuis une semaine, l’irritation de ces représentants de la génération X est palpable. L’unanimité des 25-35 ans face à Passe-Partout est forcément suspecte. Le plaisir de la nostalgie, louche et condamnable. Surtout quand sa propre émission jeunesse fétiche – Bobino – a été spécifiquement créée pour les baby-boomers.

Il est là, à mon avis, le nœud de l’irrépressible dédain de certaines personnes de 40 ans pour le phénomène Passe-Partout. C’est un nouveau point de ralliement pour une génération qui n’avait jusque-là en commun que son ressentiment envers les baby-boomers.

Or, la génération Passe-Partout a été enfantée par les baby-boomers. Une raison valable, s’il en faut, pour mépriser ces «enfants-rois» de la génération de la ouate, entrés aussi facilement sur le marché du travail que leurs parents de la génération lyrique. Contrairement, bien sûr, à la génération X (refrain connu), alias la génération sacrifiée, qui en a bavé en amour, au travail et dans ses loisirs (à chanter sur l’air de la pub de Mars).

Au fond, la génération X reproche à la génération Passe-Partout de ne pas en vouloir comme elle à celle des baby-boomers, responsable comme on sait de tous les maux de la société moderne (et plus encore). Alors que les baby-boomers commencent à se retirer de la vie active, l’intérêt des employeurs, des annonceurs, des médias, etc. se tourne vers leurs enfants. Une fois de plus, la génération X en fait les frais. Son ressentiment est compréhensible, même s’il est projeté injustement.

Aujourd’hui, les ténors de la génération X se moquent du moralisme simpliste de Passe-Partout et dépeignent la génération qui porte son nom comme une secte sans projet commun et sans curiosité intellectuelle, apolitique, individualiste, amorphe, bien-pensante et contentée. Parce que La Ribouldingue était un manifeste anar pour la révolution de l’échiquier sociopolitique, peut-être?

M’est avis que la génération individualiste n’est pas celle qu’on pense. La génération Passe-Partout a plus d’objectifs communs – qui transcendent les facéties d’Alakazou – que celle qui l’a précédée. D’où cette incompréhension devenue agacement devenu irritation.

Qu’est-ce qui lie la génération X? Son amour pour les chansons poches de l’ère disco? La génération X, alias la génération pisse-vinaigre, se définirait collectivement dans le pessimisme, l’aigreur et l’injustice, si elle savait se définir collectivement. C’est une génération laissée pour compte, éclatée, désolidarisée, qui croit que ses souffrances justifient qu’on s’apitoie sur son sort. Voici mon épaule. Pleure.

La minorité audible qui parle au nom de la génération X n’est pas simplement agacée par le tsunami Passe-Partout. Elle se sent menacée par cette vague de nostalgie qu’elle n’a pas vue venir, dont elle mesure mal l’impact, et qui la dépasse formidablement.

Ce ne sont pas seulement les chansons de Passe-Partout – dont elle ne connaît pas les paroles – qui lui donnent l’impression de ne pas être dans le coup. C’est la montée en puissance d’une nouvelle génération dynamique qui lui renvoie une image d’elle-même qu’elle ne veut pas voir. Celle d’une génération chargée de regrets, au mitan de la vie, qui ne supporte pas de se sentir vieillir.

21 novembre 2006

Passe-Partout

Enfin !

J'ai le premier coffret Passe-Partout entre les mains !

Bon, ça fait un peu moins d'un an que je possédais les 125 premiers épisodes de la série en copie DVD illégale, mais ce n'est pas la même chose. Premièrement, il y a les suppléments. Un documentaire de 25 minutes sur la création de l'émission, une intro inédite par nul autre que Pruneau et Cannelle, ainsi qu'une entrevue avec la petite fille qui arrosait tout le monde avec son casque de pompier sur un escabeau.

Je viens de lire la fameuse chronique de Richard Martineau sur la question, dont voici un extrait :

Passe-Partout, à mes yeux, c'est le début de la culture de l'enfant roi.

Bébé a fait un dessin? C'est le plus beau dessin du monde! Vite, il faut le laminer, l'encadrer, l'exposer dans la cuisine! Envoyons des communiqués de presse au musée des Beaux-Arts, organisons un vernissage sur le balcon, Picasso a été réincarné dans le corps de Frédéric-Emmanuel Lebeau-Bibeau!

Bébé a fait un caca? Réunissons la famille autour du pot, sortons les instruments de musique, goûtons, sentons, servons le tout sur un nid de nouilles !

Avant, les ti-gars et les tites-filles regardaient Bobino en revenant de l'école. Ils n'apprenaient rien, mais s'amusaient comme des dingues.

Mais avec Passe-Partout, tout a changé. Les pétards à la farine et les patates en chocolat ont pris le bord. Place à l'éducation avec un grand É! Ce n'était pas suffisant d'apprendre à l'école: il fallait aussi apprendre à la maison.

Pour quiconque a vu ne serait-ce qu'un seul épisode de cette série en entier, cette intervention n'est qu'un ramassis d'inepties.

Premièrement, le phénomène de l'enfant-roi est quand même arrivé bien après les premières diffusions de Passe-Partout dans les années 70. Deuxièmement, c'est un problème international. Les enfants-rois français, américains et britanniques n'ont probablement jamais vu le sketch des biscuits qui font grandir.

En plus, c'est beaucoup de mauvaise foi de la part du chroniqueur que de supposer qu'il n,y avait rien d'amusant dans cette émission, qu'elle n'était qu'éducative. Si c'était le cas, on n'aurait pas regardé de façon aussi assidue et on n'aurait pas appris toutes les chansons par coeur.

C'est typique de Richard Martineau. Il trouve un événement dans l'actualité qui semble faire l'unanimité, il cherche un angle choquant pour l'aborder en faisant des liens douteux et non vérifiés avec un autre phénomène et il espère prouver à tous qu'il est un esprit libre et rebelle.

Parfois, il vise juste mais d'autres fois, comme ici, il est complètement dans le champ.

Pour en revenir à nos moutons (au doux bedon, doux bedon, bedondaine...), j'ai bien ri de la réaction de plusieurs intervenants dans les médias qui ne comprenaient pas trop l'engouement autour de cette sortie, car non issus de la "génération Passe-Partout".

Je vais en profiter pour remettre les pendules à l'heure.

Il faut savoir tout d'abord que cela fait déjà plusieurs années que l'émission n'est plus diffusée sur nos ondes, même en reprise, et que les quelques copies VHS qui existaient ne renfermaient que quelques épisodes, étaient vendues à des prix faramineux et étaient en plus à peu près impossibles à trouver.

Cette émission a capturé l'imaginaire de plus d'une génération de petits Québécois et la qualité de son contenu nous fait encore jaser à l'occasion, plus que toute autre émission de notre enfance. Laurent Lachance, le créateur de cette série, voulait en quelque sorte produire un Sesame Street québécois et il a plutôt réussi son pari.

Ce que je trouvais extraordinaire était le fait que les humains étaient utilisés pour nous stimuler notre imaginaire avec un univers éclaté et surréel, tandis que les marionnettes servaient quant à elles à nous apprendre des choses en nous offrant des scènes de la vie quotidienne des enfants de l'époque.
Rajoutez à cela l'extraordinaire musique de Pierre F. Brault et vous avez l'une des meilleures émissions destinées aux enfants jamais produite, et je pèse mes mots.

Parlant de Pierre F. Brault, Jean-François Pauzé et Dominique Lebeau, des Cowboys fringants, offrent depuis plusieurs années déjà au public un hommage à ce compositeur, dont vous pouvez visionner quelques extraits sur Youtube :

09 octobre 2006

Les talents artistiques de ma fille

Ce matin, ma fille de 3 ans s'est amusée à colorier. Voici deux de ses oeuvres.

La première, un coloriage de Curious George :

Et le second, un dessin de toute sa famille :